Université d’été du GFEN 2023 – Intervention de Danièle LINHART

Mis en avant

Intervention de Danièle Linhart  sur les questions d’organisation du travail

Université d’été du GFEN, Béziers 10-13juillet 2023

Fragment

Je ne suis pas spécialiste des questions d’enseignement, mais spécialiste des questions du travail. Je vais essayer, avant d’arriver à la question de la subordination au travail, de définir le nouveau modèle dans lequel nous baignons. Je parle du nouveau modèle managérial qui s’est d’abord introduit dans le secteur privé pour ensuite se déverser dans le secteur public à partir des années 90 et plus fortement vers 2000.

Ce modèle, je vais essayer d’en présenter les caractéristiques.

Tout d’abord je commencerai par vous dire que ce modèle a commencé à se mettre en place à partir des évènements de mai 68, comme quoi on peut poser de bonnes questions en mai 68 et trouver des réponses totalement délétères du côté de ceux qui, dans le rapport de force, ont la position dominante et qui détiennent le pouvoir.

Que s’est-il passé en mai 68 ? Peut-être n’en n’avez-vous pas gardé la mémoire, mais ce furent trois semaines de grève générale avec occupation d’usines. La plus longue grève du XXe siècle, plus longue que pendant le Front populaire. Cela a correspondu à une explosion autour de la remise en cause des règles du jeu de l’époque. Des situations de travail qui allaient en se dégradant, l’introduction du travail à la chaîne, le travail de nuit, l’augmentation des cadences, la déqualification, etc. Mais ceci était compensé par une augmentation systématique des salaires et des primes. Avec des organisations syndicales extrêmement combattives, mais qui cependant ne se battaient pas sur le plan de l’organisation du travail qui se détériorait mais combattaient uniquement ce qu’ils appelaient à l’époque « la rétrocession des profits des actionnaires vers les salaires ».

C’est ce que certains économistes de la rénovation ont appelé : le « cercle vertueux ». Les organisations syndicales, laissant l’organisation du travail aux patrons, les laissaient dégager des gains de productivité absolument faramineux ! Mais comme les organisations syndicales revendiquaient beaucoup (la classe ouvrière était dominante à l’époque), les salariés avaient plus d’argent pour consommer des biens qui étaient plus nombreux grâce à l’augmentation de la productivité du travail. Un « cercle vertueux » qui se caractérisait par la détérioration des situations de travail, l’augmentation fantastique de la productivité, l’augmentation des salaires, ce que les syndicats ne mettaient pas en cause et le sentiment d’un « deal ». Les ouvriers compensaient la dégradation de la vie au travail par la possibilité de bénéficier de la société de consommation qui se mettait en place.

Les organisations syndicales entraient à leur corps défendant dans ce système.

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Retranscription de Daniele Linhart UE Béziers 2023 GFEN

Plaisir d’apprendre ? Autour de quelques paradoxes et de leur possible dépassement (paru dans JOURNAL DE L’ALPHA N°219)

JOURNAL DE L’ALPHA N°219

Plaisir d’apprendre ?

Autour de quelques paradoxes et de leur possible dépassement

Est-il possible en ce printemps 2020 d’écrire sur un sujet tel qu’« apprentissage et plaisir » comme si rien, à l’épreuve de la pandémie qui nous frappe, n’avait bousculé notre rapport aux autres, aux apprentissages, aux projets que nous avons pour nos vies, au plaisir donc, au bonheur peut-être.
Je me cantonnerai à quelques aspects parmi d’autres de cette question du plaisir qui, à mes yeux, est aussi celle de se saisir d’un objet de savoir et de l’emporter dans nos vies. Ce plaisir dans les apprentissages, nous l’avons, un jour ou l’autre, certainement connu nous- mêmes et cela peut même avoir orienté nos choix professionnels actuels. Si donc nous en parlons, c’est j’imagine de l’intérieur, en connaissance de cause.

Des postulats et un peu de théorie

Si j’entre dans la question du plaisir d’apprendre par la formulation d’hypo- thèses et non par une série d’affirmations, c’est qu’en pédagogie, nous avons intérêt à quitter le monde des certitudes. Toute hypothèse se discute. Elle appelle la possibilité d’une recherche, d’expérimentations, de vérifications. Elle fait des professionnels que nous sommes des chercheurs.

Mes postulats :
– Le plaisir à apprendre ne jaillit pas de lui-même. Il se construit. Il se pro- voque éventuellement.
– Apprendre et y trouver du plaisir est complexe et souvent paradoxal : tout apprentissage nouveau peut certes être une joie, mais il va souvent de pair avec des ruptures et de multiples transformations identitaires qui peuvent mettre à mal les sujets.
– Apprendre et y trouver du plaisir, c’est souvent d’une certaine manière quitter son rang et aller au-devant d’une vie sociale nouvelle qui nous confronte à d’autres milieux (1) Ces possibles ruptures sont de natures dif- férentes : rupture plus ou moins facile avec des croyances ou des jugements auxquels on tenait et qu’il va falloir réviser ; changement de place face à nos pairs, nos familles, nos groupes d’appartenance.
– Au cœur de cette crise, il importe en tant que formateurs de veiller à pré- server la dimension du plaisir « malgré tout » et d’accompagner un processus qui n’est en rien linéaire. On passe par des hauts et des bas.

L’un des enjeux de toute éducation, de toute formation est certes d’acquérir des savoirs qui donnent des pouvoirs nouveaux sur soi et sur le monde, mais n’est-il pas tout autant utile de créer les conditions pour que chacun·e y prenne plaisir? Ceci me conduit à trois réflexions théoriques: elles concernent le besoin de sécurité, la question de l’évaluation, la notion de débat. Elles de- vraient nous aider à construire l’action concrète : penser « développement »plutôt que «contrainte»; «désir» plutôt que «plaisir»; «transformation» plutôt que «formation». C’est là la conséquence d’une révolution mentale qui, en pédagogie, en éducation et en psychologie cognitive, s’est largement répandue au 20e siècle. En un siècle, nous sommes ainsi passés, pour l’enfant comme pour l’adulte, des notions de contrainte et de coercition à celle de développement. Ce développement est une autre façon de penser les sociétés humaines.

Enfin, dans le monde des pédagogies critiques, le plaisir est recherché non comme une fin en soi mais comme le maillon d’une chaine. Cette chaine va de plaisir à énergie psychique et, au bout du compte, à désir et pulsion. Il s’agit de nourrir en chacun la disposition à apprendre (être disposé à/ consentir à) et à la cultiver tout au long de la vie. Certains psychanalystes de l’époque de Freud ont parlé à ce propos de «pulsion épistémophilique » (2) chez le tout petit enfant. Dans son désir de savoir se croisent, selon eux, jouissance, sexualité («savoir d’où je viens») et frustration car la question est «sans fond». Ils abordaient ainsi l’aspect pulsionnel qui est au cœur de l’entrée de l’enfant dans le savoir humain.

1 On parle de personnes qui deviennent « transfuges de classe ». On lira à ce propos les récits d’Annie Ernaux et les exégèses qui en ont été faites. Dans ce contexte, en matière de formation par la création, on découvrira avec intérêt : Nathalie RASSON, Un atelier dans les parages d’Annie Ernaux (in Michel NEUMAYER et al., Créer en éducation nouvelle. Savoirs, imaginaires, liens au cœur des ateliers d’écriture et de lecture, Chronique Sociale, 2018).

2 « Freud (…) élabore dans les années 1910-1915 son premier système des pulsions. Concept-limite entre psychique et somatique, la pulsion, processus dynamique (charge énergétique) qui fait tendre l’organisme vers un but, trouve sa source dans l’état de tension, d’excitation corporelles. » (Jacques ARVEILLER, Épistémophilie, in Le Télémaque, n°41, 2012/1, pp. 19-26 – en ligne : www.cairn.info/revue-le-telemaque-2012- 1-page-19.htm).

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Le tous capables, un brin d’histoire + L’histoire de Mourad

1 – Hypothèses sur l’origine de l’expression vue du côté de l’Éducation Nouvelle
2 – Le « tous capable » vu du côté des philosophes
3 – Du dire au faire : retour sur un cas concret

Je me propose dans un premier temps de revenir sur l’expression « tous capables » à partir d’un livre récent[1] où nous avons tenté d’en expliquer collectivement l’origine, d’entrer dans les débats qu’elle a suscité, d’en dire son développement en Europe et dans plusieurs lieux du monde. Il souligne que « Tous capables » est tout sauf une évidence : l’expression n’est pas plus vœux pieux qu’un fanion qu’on agite en début de formation en l’oubliant ensuite peut-être.

Considérons l’apprenant : « Tous capables » renvoie chaque apprenant à son histoire dans le savoir tout en refusant de la considérer de manière fataliste et déterministe : « ce serait son sort à lui, il n’y peut rien, c’est la nature qui l’a voulu ». À l’affirmation que certains seraient-ils « tous capables » et d’autres pas, ma réponse est : non !

 

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JDA MN 232 01:05[1]

 

 

Du silence en pédagogie

Le couple « question-réponse » en pédagogie

Au-delà de la pensée des poètes, je voudrais revenir dans ce troisième numéro des « 100 ans d’Éducation Nouvelle » sur la notion de « question » en pédagogie et interroger sa place en Éducation Nouvelle, face aux défis d’un futur incertain.

Je veux briser le carcan du « questionner-et-donc répondre », ce binôme insécable auquel l’enfant et l’adulte, ces deux acteurs de la relation pédagogique si souvent répondent, peut-être trop souvent sans les réinterroger. Les pédagogies dominantes sont encore souvent celles qui cherchent à colmater le vide relationnel, le suspens dans le langage que l’irruption d’une « question » peut susciter. Pourquoi ?

Quelle place laisser au doute chez l’apprenant ? Comment en tant que formateur suspendre en nous le désir de parole ?  Comment entendre la puissance poétique des paradoxes ? Comment s’abstenir de tout ce qui fige la pensée ?

(Ce texte est paru dans « 100 ans d’éducation nouvelle » publié chez Chronique sociale

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Du silence en pédagogie

En librairie

Ces livres sont parus chez Chronique sociale
https://www.chroniquesociale.com/

Créer en éducation nouvelle

Cet ouvrage épouse la forme d’un livre de pédagogie et c’est parmi les pédagogues qu’il trouvera certainement ses premiers lecteurs. Mais, qu’on ne s’y trompe pas. Si de pédagogie il y est question, c’est comme acte de création qu’on l’évoquera. Si la création est le propos, c’est comme passage de culture, d’œuvres, de patrimoine humain qu’on en parlera.

Entre pédagogie et création, la matière de notre écriture, ce sont nos vies, leur mise en patrimoine puis leur transmission, mille et une manières de les contenir et les préserver du temps, dans la compagnie des mots. Notre trésor, c’est la mémoire. C’est l’archive. Ce sont nos multiples dossiers, nos prises de notes, les productions que nous avons collectées au fil des années des animations et des engagements. Au cœur de tout cela se nichent tant d’interrogations encore que, par manque de disponibilité ou de force, nous n’avons pas encore su ou voulu remailler. Comment nous y atteler, avec quels outils, quels concepts ? Ce sera l’enjeu de ce livre. Celui-ci se subdivise en quatre parties : le socle, l’accueil dans l’écriture, pourquoi écrire et des laboratoires. Elles décrivent des ateliers et enquêtent sur des types d’animations.

 

Evaluer sans noter

Né du sentiment d’urgence qu’il faut au plus vite nous « désintoxiquer » de la note à l’école, ce livre entend relever un triple défi : convaincre les citoyens des méfaits sur l’éducation d’une estimation chiffrée, outil de sélection ; décrire des alternatives non chiffrées en matière d’évaluation ; s’interroger sur comment éduquer et évaluer sans exclure. Soit « dé-chiffrer l’humain ».

Pour les auteurs, nombreuses sont les pratiques pédagogiques qui, au cœur même de la transmission des savoirs, de la culture et de l’esprit créatif, permettent : – de forger en chacun l’estime de soi et le respect d’autrui ; – d’accompagner tous les apprenants ; – de favoriser les régulations ; – de nourrir le désir d’apprendre.

À condition qu’éducateurs et formateurs puissent travailler dans des institutions qui elles-mêmes sachent rompre avec leurs coutumes sélectives.

 

Education nouvelle – Répondre aux défis éducatifs et sociaux de notre temps

L’Éducation Nouvelle est plus qu’une simple politique éducative. Ce livre la présente à travers les principes qu’elle met en avant et des démarches concrètes à mettre en oeuvre en classe et dans les lieux de formation ou à s’approprier. L’Éducation Nouvelle est un projet permanent de création et transmission de savoirs inscrits dans l’histoire et l’horizon d’une émancipation humaine, à la fois singulière et collective. L’Éducation Nouvelle est une audace, le refus de la routine, l’invention. Les récits ici recueillis le prouvent : en témoignant de réalités analysées et partagées, ils visent à faire agir autrement. À changer de pratiques et de postures. À renouveler et approfondir le travail d’éducateur et de formateur. L’Éducation Nouvelle est une histoire à partager. L’ouvrage donne à voir des pratiques où le faire au quotidien est lié aux valeurs d’équité et de justice sociale. Il traite de manière concrète de dispositifs de travail où savoirs et rapport au savoir, justice sociale et démocratisation, liberté et activité, individuation et socialisation, forment un tout. Coopération, défi, équipe, rupture, invention, indocilité, sont parmi les mots clefs de l’ouvrage. L’Éducation Nouvelle, aujourd’hui si précieuse, interroge l’avenir. Elle lutte contre une sélection devenue permanente, les fatalismes, la servitude volontaire, les conceptions et pratiques liées aux systèmes autoritaires, à des oligarchies de toutes sortes y compris dans le champ des savoirs et des cultures. Elle invite à créer l’avenir, une culture de paix, une humanité « des jours heureux ».

 

 

« 15 ateliers pour une Culture de paix »
Odette et Michel Neumayer, préface Etiennette Vellas.
Chronique sociale, décembre 2010 – 240 p.

« La paix est entre nos mains » ! Pourtant, le monde est violent et inégalitaire. Les guerres sont encore et toujours actuelles. La Culture de paix, concept développé par l’UNESCO, est une réponse à cette négativité contemporaine. Faire naître l’espoir en chacun, enfant, adulte, parent, éducateur, enseignants, citoyen, susciter le désir d’entreprendre pour que vivre ensemble sur une même terre soit possible, tel est l’enjeu des pratiques (ateliers d’écriture, réflexions, ateliers de construction de savoirs) décrites dans cet ouvrage.

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Relever les défis de l’Éducation Nouvelle
45 parcours d’avenir »

Odette et Michel Neumayer, Etiennette Vellas.
Préface de Philippe Méirieu
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Éditions Chronique Sociale, 272 pages, 16 € 90
Juin 2009
ISBN
978 2 85008 777 6
Les grands apports pédagogiques du 20e siècle sont-ils pertinents face aux défis liés à la nécessaire évolution des systèmes éducatifs et de formation, aux mutations dans le monde du savoir et de la création, aux changements actuels dans la vie sociale et citoyenne ? La réponse donnée dans ce livre est résolument optimiste ! 45 témoins démontrent, à travers leurs parcours, qu’une action émancipatrice est possible. Des défis semblent parfois impossibles à relever, pourtant ils le sont. Simplement parce que des hommes et des femmes se réunissent, s’engagent, prennent l’éducation au sérieux, en tous lieux. « Vraiment au sérieux », écrit Philippe Meirieu dans la préface.

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« Pratiquer le dialogue arts plastiques, écriture
Quinze ateliers pour l’Éducation Nouvelle »
Odette et Michel Neumayer en coopération avec Antoinette Battistelli, Marc Lasserre, Christiane Rambaud. Préface de Joëlle Gonthier
Dans cet ouvrage écriture et arts plastiques se mêlent, s’interpellent, se complètent. Les auteurs y décrivent une quinzaine ateliers de création croisés, insistant non seulement sur le détail des déroulements mais encore sur les partis pris philosophiques et pédagogiques. Ils montrent comment, au carrefour de deux domaines de création trop souvent abordés de manière séparée, des savoirs et des pouvoirs nouveaux se construisent, facteurs d’émancipation.
Éditions Chronique Sociale. Paru en juin 2005.
256 pages. 18 € 70.

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« Animer un atelier d’écriture – Faire de l’écriture un bien partagé« 
Odette et Michel Neumayer. Préface de Michèle Monte.
Il en va de l’atelier d’écriture comme de toute autre œuvre, qu’elle soit écrite, peinte, composée. On peut l’admirer ou la rejeter, la juger ou la commenter, mais on ne la comprend véritablement qu’à partir des incursions que l’on fait dans ce qui en constitue la partie invisible, à savoir le travail de création, doublé du travail d’invention et animation.
Editions E.S.F., Paris 2003, 220 pages
Actuellement disponible en librairie, 2ème édition.

La présentation de l’ouvrage (cliquez ici…)
Deux recensions
(cliquer ici)

« 20 ans d’ateliers d’écriture », article d’Odette et Michel Neumayer,
paru dans la revue Pratiques, Metz
La bataille du « Tous capables d’écrire! », engagée il y a deux décennies par les militants d’Éducation Nouvelle, est toujours actuelle, même si un certain engouement pour les ateliers d’écriture dans la France d’aujourd’hui pourrait laisser croire que ceux-ci, devenus pratique courante et reconnue, ont cessé d’être un enjeu. Le succès de ce qui s’apparente parfois à des « jeux d’écriture » n’occulte-t-il pas la question des enjeux de l’écriture? La diversité et la diversification des lieux et des techniques d’animation, jointes ici et là à une certaine ignorance de l’histoire des ateliers d’écriture n’entravent-elles pas une approche critique en gommant la complexité des engagements? Bref, la multiplication des ateliers d’écriture ne signe-t-elle pas une certaine crise de l’écriture en atelier?

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« Comme un autre dans la ville »,  un projet d’écriture collectif
mené à Manosque (04) en 2002 à l’initiative de la BHM (Bibliothèque Hors les Murs).
Le 29 septembre 2002 a été présenté à Manosque le livre « Comme un autre dans la ville », un ouvrage produit de septembre 2001 à juin 2002 à l’initiative de la « Bibliothèque Hors les Murs » Service culturel de la Mairie de Manosque 04100 MANOSQUE (France).
Cet ouvrage est le fruit d’un vaste atelier d’écriture mené dans huit structures différentes (Collège, Centre de Loisirs, Organisme de formation, Lieu d’accueil pour adultes, Structures associatives, Local municipal pour les jeunes, Lycée professionnel, etc.)
Plus d’une centaine de personnes ont participé à ce projet, dont le volet formation a été porté par Odette et Michel Neumayer. « Le livre du livre » présente la démarche de formation et de réflexion
mise en place dans le cadre du groupe de pilotage du projet.

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« Vers le grand large » – Questions de classes N°20

« Et comme disait Benjamin, il faut arracher la tradition au conformisme qui est tout le temps en train d’essayer d’investir la tradition » (Georges Didi-Huberman, AOC Media, 19/11/22)

Quand notre amie Melanie du Groupe luxembourgeois d’Éducation Nouvelle nous a écrit que, venue à la 3eme Biennale d’Éducation Nouvelle de Bruxelles de 2022, elle avait l’impression que c’était une fois encore la vieille gauche européenne qui s’exprimait, l’interpellation a pour moi été salutaire. J’ai pensé à ce qui traverse aujourd’hui aussi bien le GFEN que le LIEN (réseau international d’Éducation Nouvelle dont le GFEN fait partie). J’ai pensé aux autres mouvements de Convergences, dont je salue l’énorme travail de mis en œuvre de la Biennale. Une belle réussite, je crois.

Mon propos ici, en réaction au constat de notre amie luxembourgeoise est imprégné de lectures en cours. Elles questionnent nos manières de penser et de faire, sans que nous ayons toujours des alternatives prêtes à l’emploi. Je parle d’Éducation Nouvelle en général :  comment des lectures peuvent-elles nous aider à aller vers une éducation qui promeuve l’humain en temps de guerres sans cesse recommencées ?  À quoi bon lire les poètes « en des temps si rudes » demandait Hölderlin. Au contact de quelles pensées réinterroger les pédagogies progressistes, c’est ma question.

 

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Neumayer pour QdC v2 – Le grand large revue MN
Questions de classes sommaire-N°20

Écriture et formation / Écrire en formation

Écriture et formation / Écrire en formation

Michel NEUMAYER Gfen Provence

C’est à force d’inventer puis animer de nombreux ateliers de formation en mi­ lieu professionnel comme sur le terrain des ate­liers d’écriture que je me suis interrogé sur ce champ de la formation des adultes largement tra­versé d’écritures­ lectures. Des annonces de stages aux formulaires d’inscriptions, de la formulation des attentes sollicitées ici et là par les formateurs aux évaluations mises en place, le rapport à l’écrit, le lire et écrire en formation semblent aller de soi. Je souhaite ici l’interroger.

De quelles lectures parle­-t­-on ? De quelles écritures s’agit­-il à tel ou tel ou tel moment du processus de formation ? Comment se déclinent-­elles ? Que pro­duisent elles dans l’esprit des « se formants » : soumission aux routines, conscientisations di­verses, nouvelles formes d’estime de soi ? À qui s’adressent­ elles : aux pairs ?

Si toute formation vise une transformation – pour aller vite « celle d’actes et des pensées » – en quoi le lire­écrire en formation y contribue-t­- il ? Comment y gagne­-t­-on en liberté et développe-­t­-on de la coopération ?

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@Écriture et formation

Un atelier « colloque » : que s’est il passé le 6 février 34 – Reprise d’un travail de Michel Huber (GFEN)

Voici la démarche de Michel Huber (GFEN)

Que s’est-il passé le 6 février 34 à Paris ?(Michel Huber-original)

Voici notre adaptation quelques années plus tard
(Odette et Michel Neumayer)

Ayant vécu plusieurs fois cette démarche, nous avons choisi de la faire évoluer en mettant l’accent sur l’écriture dans les démarches de construction de savoir(s) : non plus l’écriture des autres (le document historique, objet d’études), mais la notre ,c’est à- dire celle de sujets apprenants, engagés dans le collectif de la démarche, qui écrit et ré-écrit son histoire, travers l’histoire de sa famille en particulier, et se donne ainsi les moyens d’entrer dans l’Histoire.

 

Les différents types d’écriture:

– les dépositions devant la commission d’enquête ; les greffes;
– les articles de journaux du lendemain;
– les listes de questions;
– le texte personnel final.

Autant d’écritures, autant de lectures, autant de chemins ouverts sur d’autres lectures encore.

Nos pistes d’exploitation de la démarche :

  • Les ré-actualisations de savoirs anciens et la construction/re-construction de savoirs nouveaux
  • La démarche : gestion des groupes pour une mise en scène de la parole, dans la perspective de l’analyse des discours.
  • L’exploration d’une problématique conceptuelle : celle de l’objectivité.
  • Démarrer des projets pour d’autres constructions de savoirs : comment ?
  • La place de l’écriture, et ses différentes formes, dans une démarche de construction de savoirs : savoirs sur l’histoire / savoirs sur l’écriture? Quel statut du document historique ?

Voici le dispositif que nous avons arrêté :

  1. On se constitue en quatre groupes. Chaque groupe reçoit un document (voir plus haut) et prépare par écrit le texte de la déposition que le représentant du groupe fera devant la « commission d’enquête parlementaire » (40 minutes).
  2. Avant de passer à la phase 2, chaque groupe désigne en son sein:
    – 1 témoin de l’événement qui présente la déposition
    – un député, membre de la commission d’enquête;
    – un ou deux journalistes, chargés de « couvrir » la première séance de la commission d’enquête;
    – la foule, qui sera admise dans la salle d’audience (en fait tous les autres membres du groupe).
  3. Réunion de la commission d’enquête.
    On demande à un volontaire de jouer le rôle de président, et à un autre celui de greffier du Parlement. La réunion dure 30 minutes.
  4. A la sortie, on se divise en trois groupes :
    a) la commission parlementaire, qui met au point son verdict puis dresse la liste (par écrit) des questions qu’elle se pose par rapport à l’événement ;
    b) les journalistes des quatre tendances, qui rédigent leurs articles;
    c) la «foule ,» qui dresse de son côté sa propre liste de questions au sujet de l’événement et du contexte historique. Cette troisième phase dure 20 minutes.
  5. Affichage et lecture des compte rendus des différents journaux rapportant la séquence 2. Puis, lecture des conclusions de la commission d’enquête.
  6. «Que faisait (ou aurait fait) mon père, ma mère, mon grand-père, ma grand-mère, le 6 février 1934? Imaginez ou racontez. » Lecture des textes individuels.
  7. On prend connaissance de documents historiens : des extraits de manuels d’histoire, d’articles de presse, etc.

Quelques textes issus d’une animation

*Qu’aurait fait mon grand-père?
«Militant très catholique des Croix de Feu, iI se serait rendu à l’appel du lieutenant-colonel de la Roque pour protester contre la pourriture du régime et l’infamie de ses parlementaires, et pour faire entendre sa volonté de sauver l’honneur de sa mère patrie. De là à penser, qu’il aurait suivi l’assaut de la Chambre. II n’y a
qu’un pas. Toutefois, je doute qu’il fait fait partie des meneurs de l’extrême-droite et qu’il se soit rendu à la manifestation, armé, dans l’intention bien arrêtée de renverser la République. Père d’une nombreuse famille, sa femme se mourant de tuberculose, je pense qu’il aurait hésité à lancer son sort, et celui de son
pays, dans l’aventure que représentait les mouvements d’extrême-
droite et l’Action Francaise. Peut-être, cependant, était-il tenté par l’exemple apparemment triomphant de l’Allemagne hitlérienne, régime où l’ordre se rétablis-
sait sous la poigne efficace du Führer.

Le 6 février 1934
~Ils étaient jeunes mariés, pour eux la vie était belle, malgré les menaces du fascisme. Mon père aurait critiqué la presse et la T.S.F. avec ses collègues (professeurs à Marseille),ils  auraient beaucoup parlé entre amis, en famille, des idées de justice et de paix et de pour qui li faut voter. Ma mère aurait prié pour qu’il y ait plus d’amour entre les hommes, surtout ceux du gouvernement (une telle responsabilité). Seraient-ils descendus dans la rue? Je ne crois pas, mais je n’en sais rien du tout. Mon père aurait-il pris des pierres pour les lancer contre le service d’ordre? Non, son arme était sa parole, avec les gens qui travaillaient autour de lui. Ma mère serait-elle allée dans la foule? Non : elle avait appris à ne jamais se mêler de « politique »,ne jamais dire sa pensée, à croire qu’au « gouvernement » où il y a de s gens sérieux et instruits, surement honnêtes, et plus compétents qu’elle, et d’ailleurs elle allait bientôt avoir des enfants, alors son devoir était tout tracé, et puis c’est aux hommes d’agir. Les ouvriers, bien sûr, il fallait les aider, empêcher leur misère, aider leurs enfants à s’instruire…, mais tout le monde n’est pas apte à le faire. C’est une vocation!»

* Mon père aurait fait partie de la manifestation communiste, soucieux qu’il était à la fois de mettre en place un gouvernement populaire et inquiet de lamontée dupouvoir fasciste e nAllemagne; il luiétait évident qu’il fallait tout faire pour barrer la route aux
fascistes. « Chez moi, le souvenir du 6 février 1934 se définit de cette façon : * ona barré la route aux fascistes ,» et vient immanquablement le rappel de la manifestation du 9février. I a fait brûler l’éphigie du colonel Rocque. »
«Mon grand-père, depuis sa petite boutique de charron, se serait informé, sansdoute. Maisattention: pas de politique!  » Tout ça, c’est louche, j’ai l’impression que cette bande de fascistes est en train de préparer un sale coup. De toute façon, qu’est-ce qu’on peut faire? » -Laisse tomber  » aurait dit ma grand-mère. »

«Mon père, le 6 février 1934, aurait été ouvrier quidam sur le boulevard Sébastopol et lorsqu’il aurait aperçu le drapeau rouge de al manifestation communiste, li se serait mis à pleurer d’émotion et li aurait suivi cette manifestation, il aurait pris les gens à témoin autour de lui, leur disant : « Hein mais ce sont eux, qui nous défendent, les communistes, aidons-les! » Il aurait dit aussi : «Les Croix de Feu sont avec les patrons. » Dans les campagnes, lorsqu’ils font leurs meetings fascistes avec de la Rocque, les patrons de l’agriculture, ils…

« Le sosie » Ateliers d’analyse du travail

Du mythe de Sosie aux origines de la démarche « Sosie »

Texte 1

Intro – Sylvie Chevillard, Odette et Michel Neumayer

On connaît les amours insatiables de Jupiter, les mille et une péripéties qui ont inspiré la verve de Plaute et celle de Molière ! Bien qu’on le cite souvent, on connaît moins les détails de l’histoire de Sosie, un être au destin curieux que Jupiter instrumentalisa pour arriver à ses fins !

L’histoire de ce personnage nous replonge dans un fameux quiproquo conjugal dans lequel plusieurs personnages se substituent les uns aux autres : Jupiter, roi des Dieux se substitue au roi Amphitryon ; Mercure, messager de Jupiter à Sosie, valet d’Amphitryon ! La présence en un même lieu de personnages identiques entraîne une série de confusions et fait rire. Bien sûr, la possibilité de prendre l’apparence d’un autre est un ressort comique qui, depuis le récit mythologique jusqu’au cinéma burlesque, amuse petits et grands ! En revanche, elle pose question dès que l’on re- tourne chez les mortels !

Le même et l’autre, le double, le dédoublement, le trompe-l’œil sont des figures importantes de notre imaginaire occidental. Nous traitons par ce biais des questions qui renvoient à notre identité et notre singularité : peut-on reproduire un être humain ? Pourrait-on en « cloner » la complexité au point de tromper tout le monde ? L’apparence suffit-elle à faire l’homme et l’habit, le moine ? Quelle est alors sa « vé- rité » ?

En formation aussi cette question se pose. De Frankenstein1 à Gepetto et à Sosie, ce passage par le mythe ou la parabole, permet d’aborder la relation du maître à l’é- lève, de traiter de questions telles que la reproduction ou la reproductibilité des êtres humains par l’éducation, l’identité et la singularité, le rapport au modèle. Dans les 30 dernières années, le personnage de Sosie a inspiré différentes dé- marches ou ateliers de formation au GFEN et ailleurs. Faire retour sur un dispositif de formation qui connut son heure de gloire, évoquer cette démarche d’un point de vue historique et technique, en donner quelques amonts, en décrire les variantes, tout cela devrait nous permettre de mettre en évidence les dimensions philosophique, épistémologique, politique qui sont au cœur du concept de travail. Ainsi, dans ce numéro de Dialogue, serait à nouveau posée la question de « l’homme pro- ducteur2 », interpellant les déclarations politiciennes actuelles du « travailler plus, pour gagner plus », mais pour gagner quoi ?

Lire le texte : SOSIE_chevillard_neumayer


Textes 2

Le sosie : – outil d’analyse et de théorisation des pratiques.

Plusieurs « démarches » SOSIE  et articles coordonnés par Jean-Louis Cordonnier Perpignan (GFEN Perpignan)

Liure les textes : sosie_dialogue 

Livres O+M.Neumayer

 

« 15 ateliers pour une Culture de paix »
Odette et Michel Neumayer, préface Etiennette Vellas.
Chronique sociale, décembre 2010 – 240 p.

« La paix est entre nos mains » ! Pourtant, le monde est violent et inégalitaire. Les guerres sont encore et toujours actuelles. La Culture de paix, concept développé par l’UNESCO, est une réponse à cette négativité contemporaine. Faire naître l’espoir en chacun, enfant, adulte, parent, éducateur, enseignants, citoyen, susciter le désir d’entreprendre pour que vivre ensemble sur une même terre soit possible, tel est l’enjeu des pratiques (ateliers d’écriture, réflexions, ateliers de construction de savoirs) décrites dans cet ouvrage.

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Relever les défis de l’Éducation Nouvelle
45 parcours d’avenir »

Odette et Michel Neumayer, Etiennette Vellas.
Préface de Philippe Méirieu
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Éditions Chronique Sociale, 272 pages, 16 € 90
Juin 2009
ISBN
978 2 85008 777 6
Les grands apports pédagogiques du 20e siècle sont-ils pertinents face aux défis liés à la nécessaire évolution des systèmes éducatifs et de formation, aux mutations dans le monde du savoir et de la création, aux changements actuels dans la vie sociale et citoyenne ? La réponse donnée dans ce livre est résolument optimiste !

45 témoins démontrent, à travers leurs parcours, qu’une action émancipatrice est possible. Des défis semblent parfois impossibles à relever, pourtant ils le sont. Simplement parce que des hommes et des femmes se réunissent, s’engagent, prennent l’éducation au sérieux, en tous lieux. « Vraiment au sérieux », écrit Philippe Meirieu dans la préface.

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« Pratiquer le dialogue arts plastiques, écriture
Quinze ateliers pour l’Éducation Nouvelle »
Odette et Michel Neumayer en coopération avec Antoinette Battistelli, Marc Lasserre, Christiane Rambaud. Préface de Joëlle Gonthier
Dans cet ouvrage écriture et arts plastiques se mêlent, s’interpellent, se complètent. Les auteurs y décrivent une quinzaine ateliers de création croisés, insistant non seulement sur le détail des déroulements mais encore sur les partis pris philosophiques et pédagogiques. Ils montrent comment, au carrefour de deux domaines de création trop souvent abordés de manière séparée, des savoirs et des pouvoirs nouveaux se construisent, facteurs d’émancipation.
Éditions Chronique Sociale. Paru en juin 2005.
256 pages. 18 € 70.

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« Animer un atelier d’écriture – Faire de l’écriture un bien partagé« 
Odette et Michel Neumayer. Préface de Michèle Monte.
Il en va de l’atelier d’écriture comme de toute autre œuvre, qu’elle soit écrite, peinte, composée. On peut l’admirer ou la rejeter, la juger ou la commenter, mais on ne la comprend véritablement qu’à partir des incursions que l’on fait dans ce qui en constitue la partie invisible, à savoir le travail de création, doublé du travail d’invention et animation.
Editions E.S.F., Paris 2003, 220 pages
Actuellement disponible en librairie, 2ème édition.

La présentation de l’ouvrage (cliquez ici…)
Deux recensions
(cliquer ici)

« 20 ans d’ateliers d’écriture », article d’Odette et Michel Neumayer,
paru dans la revue Pratiques, Metz
La bataille du « Tous capables d’écrire! », engagée il y a deux décennies par les militants d’Éducation Nouvelle, est toujours actuelle, même si un certain engouement pour les ateliers d’écriture dans la France d’aujourd’hui pourrait laisser croire que ceux-ci, devenus pratique courante et reconnue, ont cessé d’être un enjeu. Le succès de ce qui s’apparente parfois à des « jeux d’écriture » n’occulte-t-il pas la question des enjeux de l’écriture? La diversité et la diversification des lieux et des techniques d’animation, jointes ici et là à une certaine ignorance de l’histoire des ateliers d’écriture n’entravent-elles pas une approche critique en gommant la complexité des engagements? Bref, la multiplication des ateliers d’écriture ne signe-t-elle pas une certaine crise de l’écriture en atelier?

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« Comme un autre dans la ville »,  un projet d’écriture collectif
mené à Manosque (04) en 2002 à l’initiative de la BHM (Bibliothèque Hors les Murs).
Le 29 septembre 2002 a été présenté à Manosque le livre « Comme un autre dans la ville », un ouvrage produit de septembre 2001 à juin 2002 à l’initiative de la « Bibliothèque Hors les Murs » Service culturel de la Mairie de Manosque 04100 MANOSQUE (France).
Cet ouvrage est le fruit d’un vaste atelier d’écriture mené dans huit structures différentes (Collège, Centre de Loisirs, Organisme de formation, Lieu d’accueil pour adultes, Structures associatives, Local municipal pour les jeunes, Lycée professionnel, etc.)
Plus d’une centaine de personnes ont participé à ce projet, dont le volet formation a été porté par Odette et Michel Neumayer. « Le livre du livre » présente la démarche de formation et de réflexion
mise en place dans le cadre du groupe de pilotage du projet.

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